Visite d'opérations d'aménagement à Bordeaux

Le 03/11/16

Ecoquartier GINKO

 
L'aménagement de cette ZAC labellisée Ecoquartier est encore en cours mais la partie résidentielle est largement réalisée et habitée.

La zone d'aménagement couvre un peu plus de 32 ha et à vocation à accueillir environ 300 000 m2 de SDP dont 2700 logements de 80 m2 en moyenne (7000 habitants), 22000 m2 de commerces, 19664 m2 de bureaux, 14247 m2 d'équipements publics (dont un EHPAD, deux groupes scolaires... le collège serait gelé ou abandonné) et 4,5 ha de parc.

Premier constat, les objectifs de densité sont importants (96 lgts/ha et COS de 1,16) et c'est bien ce qui est perçu dans le quartier malgré une certaine diversité des typologies de bâtiments.

Les maisons sur le toit, mode symbole d'empilement ?
Les maisons sur le toit, mode symbole d'empilement ?

 

Les espaces publics sont relativement étroits, notamment la trame verte réservée aux piétons et cyclistes qui traverse tout le quartier. Les façades sont proches ou à l'alignement et les solutions mises en oeuvre pour offrir une certaine intimité aux rez-de-chaussées habités contribuent encore à ce sentiment d'étroitesse. Les bâtiments sont souvent hauts (R+6 à R+8 voire R+9) et on ne perçoit pas d’épannelage visant à réduire la hauteur apparente ou à favoriser l'ensoleillement du terrain naturel au niveau de la trame verte. La place offre par contre des reculs entre façades, accentués par les attiques de certains immeubles, et une belle perspective vers le lac qui jouxte le quartier.

Une trame verte relativement étroite.
Une trame verte relativement étroite

Une place qui dialogue avec le lac

 

Ce caractère très urbain et très résidentiel des îlots est contrebalancé par la proximité avec un parc et avec le lac qui créent des respirations et des espaces de détente à la périphérie immédiate du quartier. L'eau est également présente dans le quartier sous la forme de bassins paysagers. Les aménagements sont de qualité et urbains. La notion de trame verte reste essentiellement paysagère. Les aménagements réalisés ne permettent pas le développement de corridors écologiques liés aux espaces naturels du lac par exemple.

La trame verte est un espace commun aux différentes copropriétés qui constituent le quartier. A l'instar des espaces publics, sa réalisation est prise en charge par l'aménageur. A contrario des espaces publics, la trame verte n'est pas rétrocédée à la collectivité mais à une AFUL créée par l'aménageur. Le fait que l'aménageur et le promoteur (unique à l'exception de deux lots confiés à des bailleurs sociaux) soient issus de la même maison (Bouygues) facilite la mise en place de ce type de solution.

La zone commerciale, intégrée dans l'opération d'aménagement, est encore en cours de travaux. Elle apportera une offre et une animation appréciable.

La conciergerie de quartier, qui devait créer du lien social, n'existe déjà plus. Elle a souvent été valorisée dans les articles relatifs à cette opération et constituait l'un des éléments que nous souhaitions voir. Sur la base des rencontres que nous avons pu avoir, nous comprenons que la conciergerie devait être prise en charge par l'AFUL qui n'a pas souhaité maintenir ce service. L'aménageur, conscient de son intérêt pour l'attractivité du quartier, envisage aujourd'hui d'ouvrir une nouvelle conciergerie associée à un café sur la place.

L'AFUL continue de prendre en gestion les espaces privatifs de la trame verte (fermés la nuit) et le réseau de chaleur (chaufferie biomasse). Chaque propriétaire en devient membre automatiquement lors de l'acquisition de son logement mais chaque copropriété envoie un seul représentant en assemblée générale. Les statuts de l'AFUL n'imposent pas à ces représentants d'habiter le quartier ce qui peut paraître surprenant quand on considère que ses choix ont une incidence directe sur la vie des habitants. L'AFUL est ainsi présidée par un propriétaire bailleur habitant la région parisienne. Cette situation illustre bien toute la difficulté à mobiliser les énergies pour animer et gérer les espaces et services communs (et non publics) dans le sens de l'intérêt général.

L'état des points d'apports volontaires en est une autre illustration. Certaines copropriétés ne gèrent pas les incivilités en interne et ont fermé les locaux réservés aux déchets encombrants par facilité. Dès lors, toutes sortes de choses s'accumulent à proximité des PAV (120 bacs sont prévus dans le quartier soit environ 40 PAV).

Des comportements inadaptés.
Des comportements inadaptés

Les bandes cyclables sont repoussées de part et d'autre de ce vaste espace dédié aux mobilités.
Les bandes cyclables sont repoussées de part et d'autre de ce vaste espace dédié aux mobilités

 

La gestion de la voiture est en définitive le point très positif à retenir ici. Le prolongement de la ligne de tramway réalisé en même temps que l'opération d'aménagement permet une excellente desserte vers le centre de Bordeaux et limite les besoins en places de stationnement. Des services d'autopartage et de vélos en libre service sont également présents. Chaque logement bénéficie d'une seule place de stationnement dans le quartier. Toutes les places privées sont réalisées en souterrain ou en superstructures habillées par des commerces ou des logements individuels et mutualisées entre opérations. Là encore, la promotion privée et unique de la majorité des îlots facilite les choses.

Les voies ouvertes à la circulation automobile sont peu nombreuses et, si elles sont doublées de places de stationnement longitudinal (des deux côtés pour les voies à double sens, d'un seul côté pour les voies à sens unique), les PAV et les plantations créent des respirations qui atténuent l'impact visuel de la voiture. L'offre pourrait paraître même faible pour les visiteurs mais il convient de noter que le futur centre commercial comprendra lui aussi un parking souterrain sur trois niveaux.

Les vélos sont autorisés sur les espaces piétonniers et des pistes ou bandes cyclables sont aménagées le long des voies ouvertes à la circulation automobile. La station de vélos en libre service est localisée à côté du tramway et d'un seul côté de la voie. Les bandes cyclables sont pourtant marquées de part et d'autre du TCSP et des voies automobiles et il faut donc traverser cet espace pour retourner vers le centre de Bordeaux. Nous avons tout de même quitté le quartier en vélo pour rejoindre le pont Chaban Delmas et l'expérience n'est pas très concluante. Le quartier Ginko préfigure un maillage qui reste à faire à sa périphérie.

 

Les Bassins à flot

Les Bassins à flot sont intégrés dans le périmètre de l'EcoCité de Bordeaux. Il s'agit d'une zone aménagée dans le cadre d'un PAE ce qui informe déjà sur l'ancienneté du projet.

La zone, essentiellement résidentielle pour l'instant, est en cours d'aménagement et s'étend de la Cité du vin, en rive gauche de la Garonne, vers le nord-ouest en longeant les bassins.

La Cité du vin, signal architectural et nouveau support de l'image de Bordeaux.
La Cité du vin, signal architectural et nouveau support de l'image de Bordeaux

 

Ici aussi, l'objectif est de créer un quartier dense, optimisé pour la gestion des services urbains (réseaux de chaleur biomasse, mobilités, déchets), tout en prenant en compte le risque d'inondation.

La densité est là, au point que certains bordelais taquins appellent ce quartier : « passe moi le sel ». L'espace public aménagé aujourd'hui est essentiellement composé de sentes bordées d'immeubles aux façades souvent à l'alignement ou très proches, assez monolithiques et hauts (R+4 à R+9). Dès lors, la densité perçue est effectivement très forte. L'appréciation que l'on peut avoir de ce quartier est cependant dégradée par l'état des espaces publics, ou futurs espaces publics, qui s'apparentent encore très largement à des zones de chantier alors que le quartier est habité.

Un caractère monolithique.
Un caractère monolithique

Un sentiment de proximité.
Un sentiment de proximité

 

Certains détails interrogent plus particulièrement.

Les bardages quasi-systématiques donnent un caractère industriel à certain bâtiments. Ils peuvent être traités avec élégance, par exemple en associant le bois et le métal, ou avoir un caractère plus « cheap » qui interroge même sur la pérennité et l'efficacité énergétique de certaines réalisations.

Un caractère industriel assumé.
Un caractère industriel assumé

Des solutions élégantes.
Des solutions élégantes

 

Plusieurs sentes sont délimitées par des grilles vertes dont l'utilité est discutable et qui ne s'harmonisent pas avec les gardes-corps des immeubles. Il est possible de faire autrement comme l'illustre une autre venelle bordée de maisons de ville, très agréable et qualitative.

Le diable est dans les détails.
Le diable est dans les détails

Une très belle venelle.
Une très belle venelle

 

Il nous faut enfin revenir sur l'objectif de protection par rapport au risque d'inondation. Les rez-de-chaussées sont souvent surélevés ce qui oblige à l'aménagement de rampes d'accès PMR dans les sentes (d'où le léger recul par rapport à l'alignement, point positif). Le stationnement est intégré en rez-de-chaussée de la rue actuellement aménagée. C'est une solution technique qui enlève toute qualité aux façades et rend le cheminement piéton dans cette rue particulièrement désagréable et sans intérêt. On aimerait que l'adressage des immeubles soit ailleurs.

Une rue ou une voie technique ?
Une rue ou une voie technique ?

Détail d'un parking en rez-de-chaussée.
Détail d'un parking en rez-de-chaussée

 

Ginko et Bassins à flot sont des quartiers en mutation qu'il nous faudra revisiter dans quelques années pour confirmer ou infirmer ces premières impressions.

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